Part de marché des marques chinoises en Europe : hausse spectaculaire à 9,5 %, les constructeurs historiques sous pression

Stellantis perd 310 000 véhicules, parts de marché de Mercedes-Benz et Volkswagen en recul — experts : un seuil de 30 % pourrait devenir réalité

Ces cinq dernières années, les constructeurs automobiles chinois ont accéléré leur implantation sur le marché européen, transformant profondément le paysage automobile local. Selon Dataforce, au 30 juin 2026, la part de marché des marques chinoises dans l'Union européenne, au Royaume-Uni et dans les pays de l'AELE s'élève à 9,5 %, soit une croissance fulgurante par rapport aux 0,5 % enregistrés en 2021. Sur la même période, le marché automobile européen dans son ensemble n'a progressé que de 11 %, tandis que les marques non chinoises, bien que leurs ventes aient légèrement augmenté, connaissent globalement une contraction de leur part de marché.

Cette expansion ne repose pas sur une stratégie de dumping à bas prix : même confrontées à des droits antidumping européens atteignant jusqu'à 35 % pour les véhicules électriques, les marques chinoises pénètrent les segments principaux avec des équipements équivalents, voire supérieurs, plus d'espace habitable et des prix plus compétitifs. Récemment, plusieurs constructeurs chinois ont lancé en Allemagne et ailleurs des offres promotionnelles allant jusqu'à cinq chiffres en euros, tout en expérimentant des formules de location à court terme afin d'élargir leurs points de contact commerciaux.

La perte de part de marché est fortement différenciée : le groupe Stellantis apparaît comme le principal perdant, avec un recul de 6,4 points de pourcentage — soit environ 310 000 véhicules vendus en moins. Son stock élevé, la vétusté de sa gamme électrique et des prix supérieurs à la moyenne du marché le rendent particulièrement vulnérable face à des concurrents chinois technologiquement plus avancés et plus compétitifs sur les coûts. À noter que le partenaire de coentreprise de Stellantis, Leapmotor, affiche une croissance spectaculaire de ses ventes en Europe (+568 % en glissement annuel).

Les autres géants traditionnels ne sont pas épargnés : le groupe Mercedes-Benz perd 0,7 point de part de marché, le groupe Volkswagen en cède 0,6, tandis que la coentreprise Hyundai/Kia enregistre un léger recul de 0,4 point — malgré une légère hausse de ses volumes de vente.

Patrick Hummel, analyste chez UBS, a déclaré lors d'un briefing média le 9 juillet : « La part de marché des constructeurs chinois en Europe atteint déjà 11 % (note : incluant certaines importations parallèles et canaux grises non comptabilisés dans les données officielles de Dataforce), contre 4 % l'an dernier. Ce phénomène ne se limite pas à réduire les volumes de vente des acteurs traditionnels : il redéfinit entièrement les mécanismes de tarification et de promotion sur l'ensemble du marché. »

L'offensive chinoise cible actuellement le Royaume-Uni et l'Europe du Sud (Espagne, Italie), mais l'Allemagne est clairement identifiée comme le prochain objectif stratégique. Hummel souligne sans ambages : « Ce n'est absolument pas une bonne nouvelle pour la part de marché et la capacité de fixation des prix de Volkswagen. »

Le consensus sectoriel revoit rapidement à la hausse ses prévisions : Martin Benecke, responsable chez S&P Global Mobility, indique que l'objectif antérieur de 20 % paraît désormais conservateur. « Nous envisageons désormais des niveaux supérieurs — pourquoi s'arrêteraient-ils à un cinquième du marché ? » Paul Willis, ancien responsable du Royaume-Uni chez Volkswagen, va encore plus loin : selon lui, les marques chinoises pourraient finalement capter un tiers des ventes automobiles européennes.

À défaut d'une adoption rapide de mesures réglementaires fortes telles que la loi européenne sur l'accélération industrielle — notamment imposant des taux très élevés de composants locaux —, les constructeurs européens Volkswagen risquent de devoir fermer des usines ou retirer des marques du marché. Hummel insiste : « La guerre des prix brutale menée par la Chine n'est pas une menace progressive : c'est une réalité en cours, mois après mois, trimestre après trimestre. »

Les marques haut de gamme conservent pour l'instant une meilleure résilience. BMW, Mercedes-Benz et Audi, dont les positions sur le marché présentent peu de chevauchement et qui bénéficient d'un fort taux de revente, subissent des impacts limités à court terme. Le groupe BMW, bien qu'il ait publié un avertissement de profit en juin 2026 en raison de la faiblesse du marché chinois, affiche une croissance de ses ventes européennes de +13,3 % — devenant ainsi le seul grand constructeur traditionnel à dépasser la moyenne du marché ce mois-là.

Toutefois, les marques chinoises s'insinuent progressivement vers le haut de gamme : GEELY avec Zeekr, BYD avec FANG CHENG BAO, Dongfeng avec VOYAH, et Chery avec EXEED ont toutes lancé des modèles premium. Hummel juge : « Cette pénétration graduelle des marques chinoises vers le segment haut de gamme s'étalera sur plusieurs années, mais la tendance est irréversible. »

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