Le groupe Volkswagen fait face au défi structurel le plus sévère depuis l’âge d’or de ses véhicules thermiques. Le PDG Oliver Blume a confirmé le 18 juin que le groupe supprimera environ 19 000 postes en Allemagne d’ici la fin 2026, et a fixé comme objectif « contraignant » une suppression cumulée de plus de 28 000 postes en Allemagne d’ici 2030. En incluant Audi, Porsche et la filiale logicielle CARIAD, le nombre total de suppressions de postes en Allemagne devrait approcher les 50 000.

Cette décision n’est pas improvisée : dès décembre 2024, Volkswagen avait conclu un accord avec les syndicats allemands visant à supprimer 35 000 postes du marque Volkswagen en Allemagne d’ici 2030. Les chiffres actuels — 19 000 et 28 000 — correspondent à la concrétisation quantifiée d’étapes intermédiaires de cette feuille de route.
Bien que radicale, la mesure privilégiera les départs naturels, les retraites anticipées et les départs volontaires, évitant ainsi les licenciements contraints. Le groupe précise également qu’au cours de l’année 2025, les coûts de production dans ses usines allemandes ont déjà baissé de plus de 20 %, générant des économies d’environ 1 milliard d’euros — toutefois, un écart considérable subsiste avec l’objectif global annuel de 6 milliards d’euros à atteindre d’ici 2030.

Les données financières et commerciales révèlent des pressions profondes : le bénéfice opérationnel du groupe Volkswagen s’est élevé à seulement 8,9 milliards d’euros en 2025, soit près de la moitié des 19,1 milliards d’euros réalisés en 2024 ; son taux de marge opérationnelle est tombé à 2,8 %. Par ailleurs, les ventes mondiales sont passées de la capacité de production ciblée (12 millions de véhicules) à 8,98 millions, conduisant le groupe à abaisser son objectif de capacité à long terme à 9 millions d’unités.

Le marché chinois subit une pression particulièrement forte. L’activité en Chine — qui représentait autrefois près de 30 % du bénéfice du groupe — a vu son profit chuter à 958 millions d’euros en 2025. Au premier trimestre 2026, les livraisons ont reculé de 14,8 % en glissement annuel, tandis que les ventes de véhicules électriques purs ne se sont élevées qu’à 9 400 unités, en chute libre de 63,8 % sur un an. Oliver Blume l’a reconnu sans détour : « Les coûts de production en Allemagne sont trop élevés, et en Chine, nous faisons face à une concurrence féroce de la part des marques locales de véhicules électriques. »

Les observateurs du secteur soulignent que ce cycle de réorganisation chez Volkswagen ne reflète pas une crise isolée, mais bien la recomposition structurelle imposée aux constructeurs traditionnels par la vague de l’électrification et de la numérisation. Lorsque même la « perle de l’industrie allemande » doit sacrifier des dizaines de milliers d’emplois pour gagner de l’espace stratégique, l’ampleur et l’intensité de la mutation centenaire de l’automobile deviennent inéluctables.
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